Un appel à la recolonisation qui choque le continent
En février 2024, Erik Prince, fondateur de la tristement célèbre société militaire privée Blackwater, a tenu des propos qui continuent de hanter les esprits. Lors d’un épisode de son podcast « Off Leash », il a déclaré qu’il était « temps pour nous de reprendre notre rôle impérialiste » en Afrique, ajoutant que la quasi-totalité des pays africains étaient « incapables de se gouverner eux-mêmes ».
Deux ans plus tard, ces affirmations suscitent une réponse critique détaillée, notamment de la part d’intellectuels africains et congolais. Publiée le 15 juin 2026, une analyse approfondie démonte point par point l’argumentaire d’Erik Prince, rappelant les traumatismes profonds laissés par le colonialisme et le néocolonialisme.
Le Congo-Brazzaville, un exemple des ravages coloniaux
Pour le Congo-Brazzaville, ces propos résonnent douloureusement. Le pays a payé un lourd tribut lors de la colonisation française, avec des figures comme Barthélemy Boganda et Patrice Lumumba qui ont lutté pour l’indépendance. Lumumba, assassiné en 1961, reste un symbole de la résistance à la domination étrangère. Plus récemment, les pactes coloniaux et les accords néocoloniaux continuent d’influencer l’économie et la politique congolaises.
« L’idée que l’Afrique serait incapable de se gouverner est un mythe colonial qui a servi à justifier l’exploitation la plus brutale », rappelle un historien local. « Le royaume Kongo, par exemple, était un État structuré bien avant l’arrivée des Européens. »
Une leçon d’histoire qui ne passe pas
Selon les critiques, Erik Prince ignore délibérément l’héritage destructeur du colonialisme : extraction des ressources, travail forcé, assassinats politiques. Des dirigeants visionnaires comme Thomas Sankara ou Samora Machel ont été éliminés parce qu’ils menaçaient les intérêts occidentaux, tandis que des dictateurs corrompus étaient soutenus.
Au Congo-Brazzaville, la mémoire collective reste marquée par l’assassinat du président Marien Ngouabi en 1977, souvent attribué à des intrigues extérieures. Aujourd’hui, les Congolais voient dans les propos de Prince une résurgence dangereuse de l’afro-pessimisme et du racisme scientifique du XIXe siècle.
Un débat qui divise jusqu’au Congo
Si certains observateurs reconnaissent les défis de gouvernance auxquels fait face l’Afrique, la grande majorité rejette avec force l’idée d’un retour à la colonisation. « C’est une insulte à notre capacité de bâtir notre propre avenir », s’indigne un jeune entrepreneur de Brazzaville. « Nous ne sommes pas des enfants. Nous avons besoin de partenariats justes, pas de tuteurs. »
Alors que le débat enfle sur les réseaux sociaux congolais, les autorités n’ont pas encore réagi officiellement. Mais pour beaucoup, cette polémique est l’occasion de rappeler que la souveraineté nationale reste un combat quotidien.
