Achille Mbembé dénonce la flambée d’afrophobie en Afrique du Sud : « Un déni d’humanisme »

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Le 27 juillet 2026, le professeur Achille Mbembé a brisé le silence sur la situation dramatique qui ensanglante l’Afrique du Sud. Dans une interview poignante, l’intellectuel camerounais, directeur de recherches à l’université du Witwatersrand à Johannesburg, a livré une analyse sans concession des violences xénophobes ciblant les immigrés africains. Un fléau qu’il nomme « afrophobie » et qui touche de plein fouet la diaspora congolaise.

Des victimes congolaises dans une spirale de haine

Parmi les nombreuses victimes de cette chasse aux étrangers, deux cas congolais illustrent l’ampleur du drame. Un champion international de boxe, originaire du Congo, a été assassiné et brûlé vif dans sa propre maison, incendiée par un groupe d’autochtones sud-africains. À Johannesburg, une coiffeuse congolaise en situation régulière a vu son commerce détruit par des émeutiers qui entendaient la remplacer par une « patronne noire sud-africaine ». Comme elle, des centaines de familles du Congo, du Zimbabwe, du Nigeria ou du Ghana ont tout perdu et regagnent leur pays d’origine avec une simple valise, laissant derrière elles des années de labeur.

Mbembé face au déni d’humanisme

Achille Mbembé décrypte ces événements avec la rigueur du chercheur et la douleur du témoin. Il rappelle que l’Afrique du Sud post-apartheid avait fait de l’« Ubuntu » – « je suis parce que nous sommes » – sa devise morale. Aujourd’hui, ce pays « piétine sa propre pensée ». L’afrophobie, explique-t-il, est plus qu’une simple xénophobie : c’est une haine de Noirs contre d’autres Noirs, une forme d’autocotie – la haine de soi-même. « Quand un Noir déteste l’autre Noir, il se déteste lui-même », assène-t-il.

Les échos du Bumuntu congolais

Pour étayer son propos, Mbembé convoque la sagesse des cultures d’Afrique centrale. Chez les Kongo, le Bumuntu – ce qui reste d’humain en chaque créature, loin de l’animalité (kimpumbulu) – résonne avec l’Ubuntu. Un proverbe du terroir, « Bu buana Muntu ka bu lembua buana muntu ko » (nul n’est à l’abri des vicissitudes humaines), vient rappeler l’impératif de solidarité. Car ce qui se joue en Afrique du Sud, c’est bien la négation de cette humanité partagée.

Un panafricanisme à reconstruire

Le constat de Mbembé est amer : plus de soixante ans après les indépendances, l’homme noir ne peut toujours pas circuler librement sur le continent. Les promesses de l’unité africaine et du panafricanisme sont bafouées, comme en témoigne le sort des immigrés congolais au Cap ou à Pretoria. « Nous sommes devenus comme des putois qui se repoussent car chacun reproche à l’autre de sentir mauvais », déplore-t-il, citant un adage bantou.

L’appel du professeur résonne jusqu’au Congo, où la diaspora observe avec effroi le sort de ses frères. Il nous invite à une prise de conscience : les problèmes des Sud-Africains sont aussi les nôtres. « Nul ne vient au monde avec des problèmes individuels », martèle-t-il. Et si le Bumuntu redevenait le ciment de notre avenir commun ?

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