Le Cercle d’Action pour les Droits de l’Homme (CAD) a rendu public, le 30 juin 2026, un rapport dévastateur sur l’opération dite « zéro kuluna ». Pilotée par la Direction générale de la sécurité présidentielle (DGSP), cette campagne sécuritaire a ciblé la jeunesse congolaise entre septembre 2025 et avril 2026. Bilan documenté : au moins 72 exécutions sommaires, 56 disparitions forcées et 38 cas de torture. La majorité des victimes étaient âgées de 18 à 35 ans.
Des chiffres qui glacent
Les exécutions sommaires représentent la violation la plus fréquente (43,4 % des cas), suivies des disparitions forcées (33,7 %) et des actes de torture (22,9 %). Le CAD insiste sur le fait que ces 166 cas ne sont qu’une fraction de la réalité, le nombre réel de victimes étant vraisemblablement bien supérieur. « Ces crimes ne peuvent être ni normalisés, ni banalisés », écrit l’organisation.
Méthodes expéditives et opacité
Le rapport décrit des enlèvements de jeunes déjà sous contrôle judiciaire, exécutés publiquement sans procès. Les agents de la DGSP portaient systématiquement des cagoules pour garantir l’anonymat et l’impunité. Par ailleurs, les opérateurs téléphoniques Airtel-Congo et MTN-Congo ont diffusé des SMS incitant à la délation contre des récompenses pouvant atteindre 1 million de FCFA, alimentant la spirale de violence.
Un ordre venu d’en haut
Le 26 octobre 2025, le président de la République a reconnu publiquement avoir ordonné à la DGSP de rétablir l’ordre, ce qui a intensifié et étendu l’opération à d’autres villes du sud du pays. Fait troublant, le nord, pourtant confronté aux mêmes problèmes de délinquance juvénile, a été largement épargné. Cette disparité territoriale soulève des interrogations sur le caractère sélectif et discriminatoire de la répression.
Institutions silencieuses
Face aux exactions, le Parlement, la justice et la Commission nationale des droits de l’homme sont restés muets. Le CAD dénonce une « dérive autoritaire majeure » où la force militaire supplante l’autorité judiciaire. Le rapport appelle à la fin immédiate de l’opération, à la mise en place d’une commission d’enquête indépendante et à des réparations pour les familles brisées.
Le CAD promet de rester mobilisé jusqu’à ce que justice soit rendue. Il exhorte aussi les partenaires internationaux du Congo à user de leur influence pour protéger les victimes et soutenir les mécanismes d’enquête.
